Au commencement

Dans le cadre du Réseau Hospitalité, une permanence juridique a été mise en place entre été 2016 et janvier 2017 pour demander l’hébergement de familles en demande d’asile à la rue via une campagne de référés devant le Tribunal Administratif. A été constaté d’une part une forte dégradation de la situation et des conditions dans lesquelles se trouvent ces personnes et d’autre part le manque de solutions des accompagnant·es qui se trouvent démuni·es notamment devant la non effectivité des droits ADA (Allocation pour les Demandeur·euses d’Asile), devant l’augmentation des délais d’enregistrement au Guichet Unique pour les Demandeur·euses d’Asile (GUDA) ou encore devant un dispositif d’urgence sociale saturé et sous calibré au regard des besoins à Marseille.

Est alors né l’idée d’élargir ce recensement des dysfonctionnements à d’autres acteur·rices : travailleur·euses sociaux, membres associatifs, bénévoles, militant·es, médecins, juristes etc…

Les objectifs

L’objectif d’un diagnostic centré sur la cité phocéenne est double. En premier lieu, l’idée est de réunir et d’associer l’ensemble des acteurs et actrices, quels que soient leurs statuts et leurs domaines d’intervention. Il s’agit à la fois de sortir des catégories et des logiques institutionnelles, enfermant les questions d’asile autour des seules structures financées par les pouvoirs publics dans le cadre du dispositif asile, mais aussi d’élargir la question de l’accueil et de l’accompagnement des personnes en demande d’asile à l’ensemble de la société civile. En second lieu, cette démarche veut rendre compte de la réalité de l’abandon, du délaissement et du désœuvrement quotidien des familles, des adultes et des enfants en demande « d’asile », en vue de construire un plaidoyer local et national, en écho aux difficultés rencontrées sur l’ensemble du territoire.

La démarche 

Le panorama, dressé entre septembre 2017 et mai 2018 à Marseille, illustre la détérioration des conditions humaines et matérielles de l’accueil des personnes en demande d’asile récemment arrivées en France. Cela entraîne la négation des principes d’hospitalité et la violation de droits fondamentaux. Les problèmes d’accès aux moyens de subsistance (nourriture), à la sécurité physique (un toit, un revenu) et à la santé s’additionnent et s’exacerbent, jusqu’à caractériser des formes d’abandon, de délaissement et de mise en danger de populations exilées.

L’état des lieux a été limité à la ville de Marseille et concerne les personnes en demande d’asile non hébergées. La première étape de ce travail collectif a permis de collecter les témoignages de 41 demandeur.e.s d’asile de toutes nationalités et de 19 personnes les accompagnant dans leurs démarches (professionnel.le.s, militant.e.s, bénévoles associatif.ve.s…). Collectés in situ, les entretiens ont été menés individuellement ou en groupe, de manière formelle (prise de rendez-vous) ou informelle (lors de permanences et dans le cadre de temps d’observation), avec l’assentiment des personnes rencontrées, voulant documenter le diagnostic local. Ce travail a été complété par des observations effectuées dans deux lieux d’accueil (la permanence asile de la Cimade Marseille et le local de SOS Voyageurs à la Gare Saint-Charles).

La deuxième étape a consisté à compiler les premiers récits, analysés dans leur globalité, afin d’en extraire les éléments saillants et les thèmes sensibles récurrents. Par la suite, un important travail collectif d’écriture, de relecture et d’harmonisation a permis de donner au texte sa forme finale.

Le principal choix méthodologique a été de mettre les témoignages recueillis au centre de l’analyse. Véritable colonne vertébrale de ce travail de recueil, les témoignages sont autant de voix qui expriment leurs ressentis et leurs vécus. Le travail entrepris rend visibles les conditions de vie des personnes en demande d’asile à Marseille en leur donnant la parole, alors même qu’elles en sont le plus souvent dépossédées par les administrations en charge de leur accueil.

Une réflexion partagée : les apports des Philosophes publics et du Collectif non-mixte 

Les notes d’entretien et d’observation ont été partagés, pendant la phase d’écriture, avec l’ensemble des structures et collectifs participant à l’Observatoire Asile Marseille. Certains collectifs ont réagi à ces témoignages en partageant  des réflexions et des articles, qui ont enrichi le travail collectif et, dans certains cas, ont été intégrés à l’ouvrage. 

Les versions intégrales de ces textes sont disponibles ici :

Femmes seules en exil

par le Collectif Non-mixte

Articles et réflexions

par les Philosophes publics