Murat est syrien, il vient de la ville de Homs. Il est arrivé à Marseille avec sa femme, Sarah, et leur fils âgé de 2 ans. La famille est arrivée en mai 2017. 

Il a quitté la Syrie à l’âge de 16 ans en 2012 avec sa famille, en partant vers l’Algérie par avion. Avec ses parents, ils restent 3 semaines en Algérie et se rendent ensuite en Tunisie, où ils vivent pendant 2 ans. Son père travaille en Tunisie et s’occupe de la famille. En juin 2014 ils quittent la Tunisie et se rendent en Mauritanie où ils vivent pendant 2 mois. Ils se dirigent ensuite vers le Maroc où ils restent près de 6 mois. Ils sont arrêtés alors qu’ils essaient de traverser la frontière de Melilla illégalement. 

La police espagnole a pris nos empreintes pour demander l’asile. Après la prise d’empreinte on a été transférée à Barcelone par les autorités espagnoles mais à notre arrivée il n’y a pas d’accompagnement ni de logement, on est restés deux mois sans solution et on est retourné au Maroc. 

C’était les mois de janvier 2016 et il faisait très froid, c’est pourquoi mon père décidé de retourner au Maroc. Nous sommes retournés avec un bus jusqu’à Melilla et nous avons traversés la frontière illégalement pour rentrer au Maroc. Nous avons attendu une semaine pour passer la frontière dans l’autre sens, illégalement… c’est plus difficile de passer la frontière vers le Maroc que vers l’Espagne ! 

On est resté un an au Maroc. Je me suis marié là-bas avec une compatriote syrienne et nous avons décidé de retourner en Europe, en février 2017 ma femme et moi on est a passé une nouvelle fois illégalement la frontière vers Melilla. Notre fils est né à Melilla. On a été transféré à Barcelone où on est resté jusqu’à fin avril puis on a pris un train pour Marseille où on est arrivés fin avril. 

La vie à Barcelone est très difficile, c’est très cher, il n’y a pas d’aide par l’État, c’est pourquoi nous avons quitté Barcelone, j’ai une tante à Marseille, elle nous a reçu chez elle. 

On est allés à la Plateforme au début du mois mai et on a eu un rendez-vous à la Préfecture à la mi-mai (14 jours après leur passage en PADA). Lors du premier RDV en Plateforme, la personne qui nous a reçu a fait la copie de nos passeports et a enregistré notre demande. On ne nous a pas proposé d’orientation vers un hébergement ou un endroit où manger. J’ai demandé un hôtel ce même jour mais il n’y pas eu d’orientation, j’avais dit que nous étions chez ma tante mais qu’elle ne pouvait pas nous héberger longtemps car elle est en CADA et n’a pas le droit… nous ne pouvions pas rester longtemps…. 

Pendant plus de 3 mois (depuis notre arrivée) nous n’avons pas eu d’aide pour un hébergement, ni pour aller manger.

Quand nous lui demandons s’il a été orienté vers le Restaurant social Noga, il nous demande qu’estce que c’est : personne ne lui en a jamais parlé.

Finalement au début août la Plateforme, nous contacte pour nous orienter vers un hôtel : l’hôtel HECO. Bien qu’hébergé cette solution n’est pas pratique car l’hôtel est très loin du centre ce qui rend difficile les démarches administratives. 

Depuis notre enregistrement à la Préfecture, j’ai été reçu par la Plateforme deux fois en rendez-vous. On a fait la demande de CMU mais je n’ai pas eu d’explication sur la procédure Dublin. Ça m’inquiète que vous me dites qu’il y a des choses à savoir (sur la procédure Dublin), car on ne m’a rien expliqué : qu’est-ce que je peux faire ? 

Quand nous lui demandons qui l’a aidé pour les observations à rendre à la Préfecture, il nous répond qu’il ne sait pas de quoi on parle. Il nous montre son tas de papiers : celui des observations est au milieu des autres, vierge, avec une date dessus à rendre au XX/06/2017. Rien n’a été donné à la Préfecture. 

Je suis là depuis 6 mois et je n’ai reçu : aucun courrier depuis que je suis là, pas d’assurance maladie, rien… Depuis notre arrivée nous sommes sans couverture maladie : on a besoins d’une couverture maladie pour les soins de l’enfant et de ma femme qui est enceinte. Fin septembre ma femme a été emmenée aux urgences parce qu’elle a eu mal au ventre, elle est enceinte. À l’hôpital on lui fait de nouveau une demande de CMU. 

Quand j’ai demandé à la Plateforme pourquoi on n’a toujours pas de CMU, ils m’ont répondu d’aller à la CPAM sur la Canebière pour me renseigner, seul pour comprendre pourquoi je n’ai toujours pas de CMU… Je ne parle pas français, je ne comprends pas pourquoi je dois faire cette démarche seul. En plus, je n’ai pas de numéro de dossier… 

Je n’ai aucune aide pour les transports, alors qu’on est hébergés dans un hôtel en périphérie de Marseille. Comme on n’a pas de CMU on ne peut pas avoir de réduction pour la carte de bus et on attend le XX novembre pour avoir droit à la gratuité des transports, pour les 6 mois.

Avec 750 euros environ, pour se nourrir, financer les déplacements et toutes les autres dépenses du quotidien comme les couches pour le bébé, c’est difficile. Je suis perdu dans toutes ces démarches, c’est difficile pour moi de savoir à qui m’adresser et pourquoi…